L’HEUREUSE VOLUPTÉ DES LIBIDOS JOYEUSES

« Au commencement bruit le liquide amniotique.
Alors mon
petit corps nage en eaux tièdes et bouge avec la lenteur d'une âme animée par
de très légers souffles. La chair tourne dans l'élément aquatique à la manière
lente d'une planète évoluant dans un lointain cosmos, presque immobile, ou à la
façon d'une méduse flaccide dans l'obscurité des fonds sous-marins, quasi
hiératique. Le seul trouble provient d'influx qui tracent dans mes organes le
passage d'énergies vitales. Dans le confinement de cet univers salé, poisson
des origines ou vertu marine incarnée, j'obéis intégralement aux affects,
pulsions, émotions et autres instincts de ma mère.
Son sang, son souffle, son rythme
obligent mon sang, mon rythme, mon souffle. Évidence de La Palice: tous les
corps, masculins et féminins, procèdent de cette immersion primitive dans un
ventre de femme.
Hypothèse: tous les corps, masculins et féminins, aspirent selon le principe de modalités confuses aux retrouvailles avec ces voluptés primitives, quand la vie excelle et que triomphe sans partage la force des puissances vitales.
Pressions de l'intérieur de la chair maternelle contre mon dos, mes reins, ma nuque, mes fesses d'enfant porté et suspendu dans l'eau; mémoires de limbes dans ma fibre informée par la lymphe, les nerfs, les muscles; lumières en camaïeux de rouges, roses, oranges semblables aux feux des éclosions planétaires ou aux brasiers des explosions stellaires; parfums volatile et fragrances infinitésimales, mais inscrits dans la matière placentaire comme ces senteurs maritimes qui abîment heureusement l'air et l'éther des géographies côtières; bruits sourds, graves, répétés, doux, ronronnements épais, constitués de très basses fréquences; sons du dehors et roulements du dedans, clapotis de la physiologie maternelle et rumeur du monde:
je cligne la paupière, vacille avec une extrême lenteur, modifie ma posture - et connais ma première érection. Début d'une longue histoire placée sous le signe de l'éternel retour. »
Ma vie dans la vie
Tout cet espace que j'ai mis
entre moi et la vie
dans ma soif infinie
de comprendre qui je suis .
Tout cet espace mon corps le crie
pour que je renoue à travers lui
à la saveur de ce nid
où s'exprimais ma vie dans la vie .
Lilou