dimanche 22 mars 2009
Ce qu'est la méditation
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You can see Chinese translation by Hsin Ying from Buddhachannel.tv and english translation by Jean-Claude Maître on Zem's blog
merci et pardon à tous les maîtres et enseignants
dont j’ai abusivement usé & déformé les propos pour ces BD ;)
Zem apprenti maître Zen by Frédéric Baylot est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à http://lungtazen.canalblog.com/.
vendredi 20 mars 2009
Peut il exister un bouddhisme non engagé ?
Alors que la presse comme la réalité nous montre que nous sommes en pleine crise économique, il est encore peu mis en avant la crise écologique qui l’accompagne. En tant que bouddhiste, en tant qu’humain que pouvons nous y faire, que faire ?
Nous pouvons y réfléchir, laisser les « personnes compétentes » agir, on peut travailler sur soi (toute modification de la société ne peut passer que par une transformation personnelle), mais est ce suffisant ?
Il me semble que nous ne pouvons, aujourd’hui encore plus qu’hier, faire l’économie d’un engagement personnel social. Un certain nombre de bouddhistes pensent qu’il suffit de « travailler sur soi », mais j’ai bien peur que si cela est coupé d'une action sociale concrète, cela ne soit qu’une fuite pour éviter la réalité, éviter les risques amenés par l’action & se protéger par une quête inextinguible de la sagesse, qui n’est souvent d’ailleurs qu’une recherche du savoir ou d’une tranquillité qui n’existe pas dans la société.
Un maître zen Vietnamien décédé nous dit : « L’agir est plus important que le savoir, et une connaissance qui ne peut se traduire en actes n’a que peu de valeur. La pratique du Zen ne devrait pas être limitée aux seuls périodes de méditation en position assise; elle devrait être associée à toutes les activités de la vie quotidienne. Si nous nous appliquons à approfondir la Voie, nous nous apercevrons que chaque jour est un bon jour. »1
Cela implique deux choses pour moi : cet engagement, mais aussi un engagement qui ne soit pas lui-même une perte dans un infini idéal inatteignable, mais au contraire dans une recherche de ce qui peut être transformer dans notre environnement social proche.
Le danger serait en effet de partir dans des actions militantes qui ne nourriraient que les associations qui les portent. Il nous faut rester dans le réel, car comme l’avait vu Aristote, le possible naît du réel, non le réel du possible. « Occupe-toi de ton action » écrit Miguel Benasayag.
Une action suppose toujours un sujet, c’est donc elle qui nous rend sujet et nous donne la puissance d’exister, comme Spinoza dans l’Ethique nous l’explique par le « conatus ».
La méditation nous amène à nous ouvrir à ce que nous sommes, à comment nous agissons, comment nous pensons. Miguel Benasayag nous pousse à nous interroger sur notre propre expérience , car, toujours selon lui, c’est dans cette expérience, dans cette situation personnelle, qu’on peut s’interroger pour savoir ce que signifie la justice sociale et poser des acte spour changer les choses.
D’un point de vue bouddhiste, je dirais qu’il ne s’agit pas d’attendre d’être un grand éveillé, d’être un Bodhisattva pour en suivre le chemin et se rendre utile, quoi que nous soyons ou ayons fait jusque là car « la pratique ne porte pas sur l’avenir, quand tout sera mis en place et que vous serez devenu digne de respect à vos yeux. On peut être l’individu le plus violent du monde, c’est un bon point de départ. Simplement, là où nous en sommes, c’est l’endroit où démarrer. »2. « La grandeur n’est pas une abstraction mais un art de vivre. Dans la tradition de l’éveil (le bouddhisme), « grand » exprime que tout commence et que tout finit, ici, dans l’expérience la plus triviale, la plus ordinaire de notre condition? Nous avons toujours des idées et des idéaux sur ce qu’est ou ce que devrait être la réalité, mais nous devons aller plus , faire un pas supplémentaire, vers l’ici-même, dans la réalité. »3 « La tendresse des Bouddhas et des bodhisattva les conduit non à professer des théories universelles toutes prêtes, mais, dans l’écoute réelle, à donner à leurs interlocuteurs tout ce qui est à même de les faire grandir et de les embellir, selon leur capacité et leur propre identité. Les éveillés n’agissent pas en fonction de dogmes mais de situations. »4
Une autre gageur est de ne pas céder au découragement quand on prend conscience des responsabilités que nous avons face aux crises actuelles, mais au contraire de revenir au concret, comme le dit le Dalaï Lama5 : « Il s’agit d’être enthousiaste. Et là, le sentiment de l’urgence est un élément clé. »
En fait cette joie dans la pratique, dans l’action devrait être présente de tout temps chez le bouddhiste, en effet la pratique même et les enseignements rappellent à « l’adepte du bouddhisme .../... son impermanence, c’est-à-dire sa mort. .../... Cette conscience de l’impermanence qui nous confère un sens de l’urgence : chaque instant est précieux et nous devons en user au mieux. »6
Et pourtant en agissant ici et maintenant, en prenant conscience des injustices sociales présentes, en agissant localement pour les modifier nous touchons à ce qu’il y a d’universel en l’humain, la souffrance et le désir de bonheur. L’action concrète dans notre sphère d’activité et de compétence, là où nous sommes, ce que Miguel Benasayag nomme l’action restreinte. Nous y trouvons cette universalité qui parle à tous, ce qu’il nomme le « commun ». Mais pour autant « il ne s’agit pas de justifier une politique de bon père de famille qui s’occuper de ses affaires et rien d’autre. Une action restreinte ne signifie pas des effets restreints. »7.
Dans notre quotidien nous participons à ce tout. « Les hommes font l’histoire » 8
1Thien An (Maître bouddhiste Vietnamien – 1926 - 1980)
2Pema Chödrön – La Voie commence là où vous êtes – La Table Ronde - 2000
3Eric Rommeluère – Les Bouddhas naissent dans le feu – Seuil - 2007
4Eric Rommeluère – Les Bouddhas naissent dans le feu – Seuil - 2007
5Dalaï Lama - L’art du bonheur – Robert Laffont - 1999
6Dalaï Lama - L’art du bonheur – Robert Laffont - 1999
7Miguel Benasayag – Abécédaire de l’engagement – Bayard - 2004
8Karl Marx
dimanche 15 mars 2009
Méditation pour souffler
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mercredi 11 mars 2009
Zen & chi kung (Qi Gong) le coeur de la pratique
J’ai commencé le chikung (qi gong) il y a plus de 25 ans en lisant des livres !
J’ai ainsi découvert d’abord Mantak Chia, mais après quelques mois de pratiques je ne me sentais pas assez sûr de moi et j’ai petit à petit abandonné. Les exercices que je faisais me paraissaient trop simples par rapport aux explications données, plus tard je verrai que j’étais pourtant sur la bonne voie.
Puis quelques années après m’intéressant beaucoup à l’alimentation je suis tombé sur un livre de Michel Oliver coécrit avec Shigeru Uemura, celui pratiquant d’arts martiaux enseignait de manière simple la posture de l’arbre qui ne m’a plus quittée depuis.
En même temps que cette posture je me livrais aux visualisations enseignées par Mantak Chia.
J’ai ensuite augmenté mes pratiques par des exercices plus en mouvement grâce aux livres de Wan der Heyoten, ce fut là que j’abordais les sons et les souffles liés aux organes.
Puis encore quelques années, il y a juste 20 ans, j’ai rencontré Christian Quentin qui m’enseigna les tao du chi kung statiques de Guo Bing Sen, mais lorsque je lui parlais de mes pratiques de visualisation pendant les postures, il me conseilla de rester sans agir, de laisser passer tout ce qui apparaissait, ce furent mes premières vraies expériences de zen (bien que ce fut plus un ritsu zen qu’un za zen).
Enfin il y a quelques années j’ai pris contact directement avec un enseignant des chi kung de mantak chia pour approfondir cette pratique.
Mon travail quotidien est d’abord d’étirements, puis des six sons, du sourire intérieur, du réchauffement du hara et enfin de techniques pour faire circuler l’énergie interne. Mais in fine, le centre de la pratique est la méditation où on laisse circuler l’énergie seule, voie du silence comme le zen.
On retrouve dans la pratique du bouddhisme tantrique tibétain, des pratiques de préparation à la méditation (appelé Chiné) qui va permettre d’atteindre le calme mental, mais ensuite avec la seconde partie (Lhakthong) on laisse surgir tout ce qui vient, rien n’est à rejeter ou pertubant, nous rentrons dans le Mahamudra ou ce qu’on appelle aussi du nom d’une autre voie dans le bouddhisme : le dzogchen.
Dans tous ces exercices qu’on effectue (et je pense qu’on pourrait sûrement l’élargir à d’autres pratiques que je connais moins, comme l’oraison dans le christianisme) le coeur de la pratique reste le moment de silence, ou le mental n’a plus rien à faire qu’à laisser faire, le fameux « lâcher prise », rien ne surgit de perturbant, tout est, la pratique assise silencieuse, ZAZEN.
dimanche 8 mars 2009
Il y a un temps pour les questions et un temps pour ... lire !
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samedi 7 mars 2009
Méditation du calme mental & de la vision pénétrante

Photo © Institut Akrita
Dans un précédent billet je parlais de l'importance, pour bien pratiquer le rituel de la source du pouvoir, de connaître les phases de la méditation du calme mental à la pratique de la vision pénétrante, voici un court billet pour donner quelques indications.
Dans le bouddhisme la méditation est souvent enseignée sous forme de deux pratiques qui se complètent : le calme mental & la vision pénétrante comme appelés dans le bouddhisme tibétain,
On pourrait dire d’un point de vue zen que la vision pénétrante est l’état méditatif et que le calme mental est une technique pour pouvoir y accéder, mais la limite entre les deux est très imprécise, ainsi Tulku Thondup dit que la méditation sur le souffle contient en elle-même la graine de l’éveil, Il faut de la pratique pour accéder à cette état de vision pénétrante
Le calme mental
La pratique du calme mental consiste à stabiliser l’esprit, pour cela on se concentre sans distraction sur un objet, comme le souffle. Cela peut être à un endroit particulier de son passage, ou en suivant sa progression sans la forcer. D’autres vont compter les respirations ou simplement les expires, puis à chaque distraction revenir à un ou après avoir compté 10 respirations. Le corps doit toujours être détendu.
Chez certaines personnes, il peut arriver des sensations particulières (chaleur, joie, fraîcheur, se sentir plus léger etc,,,) durant cette pratique, mais il ne faut pas plus s’attacher à ces manifestations qu’à toute autre pensée,
La vision pénétrante
C’est la conscience claire dans l’unité, la nature ouverte elle-même, sans concept ni séparation entre un moi qui perçoit et un objet perçu,
Après avoir pratiqué la centration sur le souffle, il arrive un moment où tout en restant conscient du souffle on ne pense ni au pourquoi ni au comment, ni à aucun autre concept tel que « sentir la paix de la respiration ».
On dépasse la notion de « je » on a une conscience globalisante. On laisse aller et venir tout ce qui surgit (bruits, pensées, sensations...) On ne repousse rien, on ne court après rien, simplement présent, même les imperfections sont bien comme elles sont.
C’est dans cet état d’unité qu’on peut être proche de tous ceux qui souffrent voir même pour les pratiquants aguerris prendre d’une manière métaphorique, sur eux, la souffrance des humains pour la transmuter en bonheur.
Vous pouvez trouver ici un condensé des billets sur la pratique de la source de pouvoir, Sangye Menla. Ce fichier est au format libre odt. Pour ceux qui utiliseraient des logiciels commerciaux pour lire leurs fichiers, vous pouvez me demander par mail le même fichier à un format compatible.
dimanche 22 février 2009
Dieu est "autre"

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vendredi 20 février 2009
La Méditation Zen pour mieux tolérer la Douleur ?
Un article intéressant. Vivant entre autres avec une maladie (fibromyalgie) dont un des sympômes est la douleur continuelle diffuse et aléatoire et ayant décidé (depuis un an) de stopper les anti-douleurs, morphiniques, benzodiazépine etc... (tout en me réservant la possibilité d'en reprendre si je le sens ainsi) j'ai pu remarquer plusieurs choses.
- Avec la prise de ces produits, la douleur restait présente mais en plus j'avais les effets secondaires très importants et plutôt opposés à une démarche bouddhiste (perte de conscientisation de l'instant présent), maintenant la douleur reste présente, mais sans les effets secondaires
- en méditation il peut arriver qu'on ait mal (genoux, dos etc...) alors si cela n'est pas insupportable, on peut rester avec cela, comme le disait un ami c'est comme en anglais "ça fait mal" (it's hurt) plutôt que "ça ME fait mal", ce qui permet une mise à distance émotionnelle avec la douleur sans la nier. Donc j'essaye de mettre en oeuvre ce principe dans la vie courante (appuyé sur la pratique quotidienne de la méditation)
- la méditation n'est pas une relaxation (il existe des méthodes spécifiques) mais si la relaxation est nécessaire à mon avis pour accéder à la méditation, celle ci entraîne aussi un état plus ouvert et spacieux et donc plus relaxé, donc moins de douleurs dues aux tensions
- enfin il faut faire la différence entre souffrances et douleurs. La douleur c'est un signal neurologique neutre qui indique un problème dans le corps ou qui peut être issu d'un dysfonctionnement neurologique ou endocrinal (hypothèses pour la fibromyalgie). La souffrance c'est tout le côté émotionnel qu'on va ajouter à la douleur. Or la méditation permet de s'ouvrir à l'esprit tel qu'il est, dénué d'appropriation égotique, et quand on est en contact avec l'esprit tel qu'il est , le mental n'a plus le même pouvoir pour nous entraîner dans ses "histoires" romanesques. Les émotions telles les vagues de la mer, fluctuent sans problème majeur, ne s'accrochant pas au sable de la plage, de la même manière ne s'accrochent pas aux douleurs pour en faire de la souffrance.
de Buddhachannel : le portail du bouddhisme, de la santé et du bien-être dans le monde
Les adeptes de la méditation zen seraient moins sensibles à la
douleur que les personnes qui ne pratiquent pas la méditation, selon
les résultats d'une étude montréalaise.
L'étude
a été menée auprès de 13 sujets pratiquant la méditation selon le
bouddhisme zen4 et d'un groupe témoin constitué de 13 personnes
étrangères à cette pratique. Selon les résultats, le groupe méditation
avait un seuil de tolérance à la douleur plus élevé que les
participants du groupe témoin. De plus, la méditation leur aurait
permis de réduire de 18 % l'intensité de la douleur.
Les participants ont été soumis à un test de résistance à la
douleur. Une plaque chauffante a été appliquée sur leurs mollets. Par
la suite, la chaleur de la plaque a été augmentée progressivement,
jusqu'à la limite du tolérable pour chacun.
C'est en respirant plus lentement que les adeptes de la méditation
zen arriveraient à augmenter leur seuil de tolérance à la douleur. Les
participants du groupe méditation prenaient en moyenne 12 respirations
à la minute comparativement à 15 pour les autres sujets.
La souffrance selon le bouddhisme
Ce n'est pas par hasard que les scientifiques s'intéressent aux
effets de la méditation bouddhique sur la douleur. Les fondements mêmes
du bouddhisme reposent en effet sur l'existence de la souffrance et sur
les moyens permettant de la transcender, ce qui est résumé dans les
quatre nobles vérités de l'enseignement de Gautama, le Bouddha
historique :
- Dukkha, la première noble vérité, enseigne que l'existence, telle que nous la connaissons, est souffrance ;
- Samudaya, la deuxième noble vérité, révèle l'origine de la souffrance : l'avidité et l'ignorance ;
- Nirodha, la troisième noble vérité, énonce que la cessation de la souffrance est possible ;
- Magga, la quatrième noble vérité, indique le chemin menant à la cessation de la souffrance : le « noble sentier octuple » ou « sainte voie aux huit membres ».
L'enseignement traditionnel du bouddhisme met en parallèle ces quatre nobles vérités et la démarche du médecin puisque ce dernier énonce d'abord un diagnostic, recherche la cause de la maladie, voit si la guérison est possible et prescrit finalement un remède. Les résultats de l'essai montréalais indiquent que l'enseignement bouddhique pourrait ne pas être qu'allégorique puisque sa pratique pourrait avoir de réels effets analgésiques.
Pierre Lefrançois
Source : www.passeportsante.net (d'après Forum.)
lundi 9 février 2009
Voyage au-delà du cerveau
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Jill Bolte Taylor, neurobiologiste renommée, est passée de l'autre côté du voile. Son accident vasculaire cérébral, qu'elle a suivi consciente, lui a permis une nouvelle approche de la vie qu'elle raconte dans «Voyage au-delà de mon cerveau» (Éditions J.-C. Lattès). Phénoménal succès de librairie aux États-Unis, aujourd'hui en vente en France.
Pour une chance, c'est une fameuse chance ! «Combien de chercheurs en neurosciences ont l'opportunité de vivre par eux-mêmes un accident vasculaire cérébral ?» Jill Bolte Taylor exulte. Elle a deux ou trois messages à faire passer, et les vingt-deux langues dans lesquelles son livre est traduit, son passage aux États-Unis dans le show d'Oprah Winfrey et le projet de film pour lequel Jodie Foster est déjà partante ne lui semblent pas de trop. Parce que des bonnes nouvelles, il y en a. Déjà celle-ci, et c'est une neuro-anatomiste qui le dit : «L'hémisphère droit de notre cerveau est programmé pour le bonheur, la paix, la compassion.» Et celle-ci encore : «Le circuit neuronal de la colère est mobilisé durant exactement une minute et demi, après quoi la tension retombe. Libre à nous de ne pas donner suite.» Et cette autre : «La plasticité des neurones donne à chacun la possibilité de “virer à droite” et de choisir la paix et l'amour plutôt que l'affrontement.» Il ne s'agit pas là d'une déclaration de foi politique, mais d'un constat scientifique rendu possible il y a environ neuf ans, lorsque la neurobiologie s'est rendu compte que les transmetteurs du cerveau étaient en constant renouvellement.
Une synapse n'y retrouverait pas ses petits. Quel rapport avec le grave accident vasculaire cérébral (AVC) dont fut victime Jill il y a douze ans ? Comment une longue et pénible convalescence qui l'a obligée à un corps à corps de tous les instants avec son hémisphère gauche a-t-elle pu rendre le professeur de l'Université de l'Indiana et porte-parole de la Banque des cerveaux de Harvard quasiment bouddhiste ? Nous avons ici le fruit d'un long cheminement entre souffrance et émerveillement. C'est le 10 décembre 1996, à 7 heures du matin, que la scientifique s'est réveillée avec une terrible douleur derrière l'œil gauche. Une bonne douche et il n'y paraîtra plus, s'est-elle dit. Oui, mais cette grande admiratrice du cerveau sentait que les cinquante milliers de milliards de cellules constituant son corps ne répondaient plus. Ses mouvements étaient saccadés, les sons déformés, l'équilibre lui manquait. Puis elle perdit peu à peu la perception en trois dimensions. Puis les informations qui étaient sa vie : s'habiller, aller au travail. Mais où se trouve ce travail ? Et comment conduit-on une voiture ? Tout cela en tentant d'analyser ce qui était en train de lui arriver. Plus tard, elle sut que son cortex moteur était atteint lorsque son bras droit refusa tout office. Mais nulle peur : en même temps, une douce euphorie la gagnait. Ce n'est qu'au terme d'un effort surhumain et au milieu d'un écroulement de neurones - son hémisphère gauche était en pleine hémorragie, mais elle l'ignorait encore - qu'elle comprit l'urgence d'appeler des secours. Mais les chiffres n'avaient plus de signification pour elle. Elle chercha, toujours en luttant contre le sentiment de béatitude qui l'envahissait, un nom qu'elle connaissait bien. Dans un éclair, elle comprit qu'elle avait un AVC. Elle compose comme un enfant le numéro de son bureau à la Banque des cerveaux. Son ami, le Dr Vincent, est au bout du fil. Jill essaie alors de bredouiller quelque chose. Mais c'est un borborygme qui sort. «Mince, on dirait un chien qui aboie», songe-t-elle, réalisant que le centre de la parole est atteint.
Le Dr Vincent comprend quand même. Quand on la transporte enfin à l'hôpital, chaque geste la fait sombrer dans un épuisement qui l'emporte dans le sommeil. Mais alors là, quelle merveille ! «Mon énergie spirituelle flottait en suspension autour de moi, telle une baleine géante dans un océan d'euphorie muette.» L'anatomiste aurait diagnostiqué : perte du cerveau gauche, qui baignait dans son sang, et donc report de toutes les sensations à travers le crible du cerveau droit.
Mais elle n'en était pas là. Commença une longue convalescence avec sa mère, qui comprenait le besoin frénétique de sa fille de dormir. Entre deux sommes, séances de rééducation. Se dresser sur son séant, tenter de comprendre ce qu'on vous dit, retrouver les mots disparus. Puis ce fut le tour des lettres. Jill dut réapprendre à lire. À conduire. À réussir un puzzle. À monter des escaliers…
Au fur et à mesure que sa vie se remettait en place - elle recommença ses conférences six mois après l'AVC - le Dr Bolte Taylor réalisa qu'elle avait une nouvelle mission à mener auprès de tout individu doté d'un cerveau : «Si mon odyssée intérieure m'a appris une chose, c'est que la quiétude est à notre portée. Il nous suffit, pour y parvenir, de faire taire la voix de notre hémisphère gauche dominant.» Cette voix compte, bavarde, évalue, suppute. Elle est capable de vous souffler les pires idées : découragement, fureur, peur. Elle nous structure aussi par le langage, la raison, la connaissance. Comment utilise-t-on alors son hémisphère droit ? Nul manuel ne nous a jamais appris le bonheur par mobilisation latéralisée de la matière grise. Jill Bolte Taylor suggère des pistes : la méditation, la création artistique, la prière.
une vidéo de 18 mn :
mardi 3 février 2009
L'esprit du débutant en méditation
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