mercredi 25 mars 2009
Capitalisme et pulsion de mort
Capitalisme et pulsion de mort
de Gilles Dostaler & Bernard Maris
Un livre facile d’accès malgré son intitulé, qui propose une lecture du capitalisme à travers le double prisme de Freud et de Keynes où on voit que la crise qui entraîne aujourd’hui le monde vers son effondrement est comparable à celle des années trente, mue à nouveau par ce Freud appelait « la pulsion de mort ». Nichée au coeur du capitalisme, et même cachée par un instinct de vie, de plaisir apparent avec la (sur)consommation, cette pulsion le pousse à détruire et à s’autodétruire.
Deux textes cités dans ce livre :
« La question décisive pour le destin de l’espèce humaine me semble être de savoir si et dans quelle mesure son développement culturel réussira à se rendre maître de la perturbation apportée à la vie en commun par l’humaine pulsion d’agression et d’auto-anéantissement. A cet égard, l’époque présente mérite peut être justement un intérêt particulier. Les hommes sont maintenant parvenus si loin dans la domination des forces de la nature qu’avec l’aide de ces dernières il leur est facile d’exterminer les uns les autres jusqu’au dernier; ils le savent, de là une bonne part de leur inquiétude présente, de leur malheur, de leur fond d’angoisse et maintenant il faut s’attendre à ce que l’une des deux « puissances célestes », l’Eros éternel, fasse un effort pour s’affirmer dans le combat contre son adversaire tout aussi immortel. Mais qui peut présumer du succès et de l’issue ?
"
Freud, le Malaise dans la culture, 1930
« Je nous vois donc libres de revenir à quelques-uns des principes les plus sûr et certains de la religion et de la morale traditionnelle, tels que : l’avarice est un vice, l’usure est un délit, l’amour de l’argent est détestable, ceux qui pensent le moins au lendemain sont véritablement sur la voie de la vertu et de la sagesse; Nous placerons une fois de plus les fins au-dessus des moyens et préférerons le bien à l’utile. Nous honorerons ceux qui sauront nous enseigner à cueillir chaque et chaque jour de façon vertueuse et bonne, ces gens merveilleux qui savent jouir immédiatement des choses, les lys des champs qui ne peinent ni ne filent."
Keynes, Perspectives économiques pour nos petits enfants, 1930.
vendredi 13 mars 2009
Expulsion Yourte
lire YurTao
La révolution des encombrants.
La vie vaut vraiment d'être vécue!
Si à l'école je ne me suis jamais donnée la peine de décrocher la première place, de peur entre autres de déclencher des jalousies pénibles, puisqu'en temps qu'ainée de ma fratrie, j'ai vite appris à la maison que la préexistence se payait cher en matière de disputes,
en matière de pratique autodidacte de la voie de la yourte, je m'en suis donné tout autant, sinon plus, pour ne pas décrocher la première place du premier palmarès d'expulsions de yourtes en France.
Mais me voici bien, depuis le 26 Février 2009, la première auto-constructrice habitante en yourte de ce pays, virée comme une squatteuse par un tribunal de justice.
Même si, heureusement, ce n'est pas le statut de la yourte qui est visé, mais son implantation. Il est cependant impossible de séparer les deux dans la réalité de la vie quotidienne du droit au logement, car le socle des yourtes, bien qu'on puisse plus le comparer à une amarre dans un port qu'à une fondation, c'est quand même toujours la terre, le foncier.
Alors, maintenant que ma descente en bord de village dans une tentative d'intégration douce est ratée, maintenant que je suis au top de quelque chose, maintenant que j'ai acquis quelques lettres de noblesse de la gueuserie ordinaire en gagnant le droit d'être jetée à la rue par une bande d'escrocs sans foi ni lois, je ne vais plus me gêner pour dire ce que je pense de ces méthodes et des intentions malveillantes et pourries qui les animent.
Je sais que je ne vivrais pas assez longtemps pour entendre proférer à mon égard le même genre d'excuses que celles qui sont faites actuellement aux tribus indiennes expropriées et décimées par des cow-boys assassins.
Je sais que je suis victime comme tant d'autres d'une razzia organisée et armée, et quoi qu'il en soit, je préfère ma conscience et ma colère à l'aveuglement d'un bourreau ou l'indifférence d'un Ponce Pilate.
Donc tant que je vis, je continue, moi, petite yourteuse cevenole expulsée, à faire le procès de la spéculation, de la prédation, du mépris, du pouvoir et de la justice utilisés contre les pauvres, et de la complicité de ceux qui se taisent.
Je continue à vouloir démontrer la primauté du droit des peuples à l'auto-détermination, à la souveraineté alimentaire, donc à un lopin de terre personnel octroyé équitablement par simple fait de naissance, la légitimité du droit d'usage sur tout accaparement par des intérêts spéculatifs, le droit à un revenu de citoyenneté déconnecté du travail obligatoire, le droit de vivre et d'habiter modestement en respectant ce qui nous entoure.
Car c'est bien de tout cela qu'il s'agit, dont mes procès sont l'exemple et le symbole.
Un procès où les profiteurs les plus caricaturaux du capitalisme, les pirates de l' immobilier, ces gens pour qui la terre n'est pas un lieu de vie pour frères humains, encore moins un bien commun, mais une jungle où tout est à prendre d'assaut sans rien laisser vivant derrière, saccageant pour les siècles et les siècles en se défoulant des pires instincts, s'attaquent clairement et sans vergogne au symbole le plus poétique des opposants au monde marchand,
le peuple des yourtes.
Je me suis défendue contre les agressions de gens qui ne doutaient pas de leur pouvoir, qui savaient bien que leurs relations, leurs connivences, les intérêts croisés de tous ceux qui profitent des ventes judiciaires, les couvriraient.
Quel juge condamnerait un avocat, celui qui a procédé aux enchères, ami des marchands, qu'il voit tous les jours, dans ce microcosme de province où les intérêts des riches, des notables et des nantis s'entrecroisent sur les nappes et les draps des foyers rupins de la ville?
Mettre en question la validité d' une vente, dénoncer le lobby des participants directs et indirects des ventes aux enchères, ce qui fait beaucoup de monde qui se sert à chaque transaction, c'est remettre en question tout le système bien rodé qui en gravite, c'est impensable.
C'était donc plié d'avance.
Ce qui ne leur a quand même pas donné la dignité d'assumer leurs actes, puisque le résultat du jugement a été largement différé pour reculer les réactions publiques et médiatiques: après un procès où la seule représentation de mes adversaires, hors avocat, s'est traduite par deux flics spécialement octroyés pour cette audience et une paire de RG, on m'a demandé de prendre connaissance en catimini du jugement par téléphone!
Pourtant, l'acquisition dans mon dos du terrain sur lequel j'habite par un cartel de marchands de biens qui m'ont ignoré avec un rare mépris, qui n'ont pas eu le courage une seule fois de se présenter aux audiences publiques, est et restera pour moi une opération illégitime et illégale, (mes justes arguments ont été balayés purement et simplement), un hold up légalisé, le résultat d'une politique et d'une justice indigne et inique.
Mais c'est aussi la représentation des deux forces vitales en action, pulsions de vie et pulsions de mort, partout dans le monde et plus particulièrement en ce moment.
Du coté de la vie, le soin de la planète et une conscience politique, philosophique et spirituelle de l'organisation fraternelle de la société humaine,
et de l'autre le racket sauvage des ressources, l'élimination des plus faibles et l'hégémonie de l'égoïsme et de l'accaparement.
Depuis plusieurs décennies habitante de ces Cevennes minières en déshérence, y vivant, y enfantant, y souffrant, y ayant enseveli récemment mon enfant dans cette terre charbonneuse remplie de vieux mineurs sacrifiés à la croissance, y travaillant dur, sans reconnaissance, sans salaires, sans garanties et sans sécurité, y défrichant sans cesse gratuitement sentiers abandonnés et prés envahis de ronces, y inventant des façons de vivre modestes et légères en harmonie avec la nature, y nouant des solidarités nouvelles avec les oubliés du système,
comment me remercie-t'on aujourd'hui de ma persévérance, de mon audace, de ma volonté de ne pas abandonner une terre qui a tant besoin de souffles nouveaux, de ma foi pour soulager l'imaginaire de toutes ces misères et ces relégations?
On me remercie comme un patron vénal remercie une ouvrière qui a donné sa vie à son entreprise, en la licenciant.
Un patron qui part en parachute doré avec la caisse, lesté d'une indemnité et d'une subvention gouvernementale, nanti de permis de construire en zone naturelle protégée en Corse pour des villas de luxe, de jets privés pour aller se soulager dans les petites filles des bordels asiatiques, de yatchs gracieusement offerts pour mouiller dans les ports des paradis fiscaux, une législation votée pour le blanchir, une milice privée et les honneurs des médias.
Quant au travail lui-même, accompli sur une friche industrielle que j'ai entièrement réhabilité de façon écologique, à la force du poignet, sans machines, sans pesticides, sans désherbants, soignant des décennies de pollution et d'abandon, transformant un rebut en petit joyau légèrement jardiné, que va t'il devenir?
Rien.
A
nouveau une poubelle, à nouveau une friche.
En effet, les marchands devaient revendre ce terrain en Septembre 2009, comme la loi le leur oblige, pour en tirer bénéfice.
Malheureusement pour eux, le maire vient de leur confirmer l'inconstructibilité de la parcelle, réinscrite dans le nouveau PLU en cours d'élaboration.
Donc pas de citron à presser.
DAL, Halem et Demeures Nomades avons demandé à la mairie d'une part une vigilance accrue lors du passage de cette vente dans leurs bureaux, et d'autre part d'étudier un projet local au service des bessegeois qui pourrait justifier une préemption par la municipalité.
La mairie a donc laissé entendre que lors de la mise en vente du terrain, elle pourrait préempter.
Cet espace de proximité retournerait alors à sa vocation populaire et sociale, grâce à un projet associatif, ou tout simplement un projet communal de parc public pour les habitants du quartier.
Furieux, l'un des marchands a donc rétorqué qu'il laisserait le terrain à son fils, seule issue légale pour sauver son honneur de macho viril et conquérant.
On ne doute pas dés lors, vu la mentalité de la maison, que le fils préfère y déposer ses carcasses de bagnoles que des yourtes.
Yourtes qui commençaient à attirer sur la ville une renommée nationale de renouveau et d'ouverture, qui sera d'ailleurs amplifiée par le film que Régis et Aline ont tourné au Cantoyourte cet hiver et qui sera diffusé sur M6 le 25 Mars à l'émission « 66 minutes ».
Quand au travail social et culturel accompli en proximité d'une population avec qui ça n'a pas toujours été facile mais d'où ont surgi débats, animations et éveils de conscience, quand ce n'est tout simplement convivialité par l'ouverture du camp aux jeunes et vieux du quartier et du canton, que deviendra t'il?
Travail de lien social gratuit réduit à néant, désavoué, piétiné, parce que le seul horizon permis pour les campagnes et les banlieues, ce n'est pas l'auto-organisation et la débrouillardise qui sonneraient trop comme une économie informelle et donc une dissidence inacceptable pour le monde du profit, mais le chômage, les « prises en charge » et les assistanats avilissants et hypocrites, la rue ou la prison.
Cette belle aventure humaine et solidaire du Cantoyourte sera t-elle clouée au carreau par les ravages capitalistes?
C'est sans compter sur la résistance.
C'est pourquoi:
J'en appelle à l'insurrection rurale
pour défendre le droit d'habiter autrement,
en particulier dans des habitats modestes et légers,
symbole d'un mode de vie écologique et social
et réponse populaire à la crise du capitalisme.
J'en appelle à la défense des Yourtes,
symboles de la gratuité, la solidarité, la diversité,
l'ingéniosité et la fraternité des peuples.
J'en appelle à l'insurrection des tentes partout dans le pays
pour protester contre une justice d'exclusion et d'expulsion,
qui catalogue les tentes et ses occupants
comme des objets encombrants, des détritus,
quand ce ne sont pas des fantômes, (comme l'ont fait les auxiliaires de justice et les arnaqueurs immobiliers ignorant mes yourtes dans les cahiers des charges d'adjudication).
J'en appelle à la révolution des encombrants,
des laissés pour compte, des jetés dehors,
j'en appelle à la récupération et au stockage,
par tous les sympathisants des yourtes,
de leurs objets encombrants, abimés, dépassés,
pour édifier des barricades contre les bulldozers
autour du Cantoyourte,
dés que le délai de quatorze mois,
octroyé par charité ( certif médical) sera expiré!
J'en appelle à la désobéissance civique pacifique
et à la solidarité résistante
pour pouvoir continuer à ouvrir des terrains de vie
aux personnes de plus en plus nombreuses exclues
de la société d'abondance en faillite.
J'en appelle à toutes initiatives qui rallient et relaient
les protestations, les révoltes et les indignations de ceux qui,
expulsés des villes et expulsés des champs,
sont jetés à la rue comme des chiens pour y aller mourir de froid.
Parce que ça suffit de s'en prendre toujours aux mêmes.
Parce que ça suffit les prédateurs qui déboulent dans nos villages pour tout raquer sous notre nez, et nous asservir en esclavage sur notre propre terre.
Parce que ça suffit d'être toujours la dernière roue de la charrette et ceux sur qui on peut tirer à bout portant dans le dos pour un loyer pas payé.
C'est arrivé en bas de chez moi.
Çà suffit de toujours se faire taper, se faire virer, d'aller au tribunal réclamer justice et de trouver que des bourges, occupés à coucher avec la femme du concurrent, qui vous saquent d'un air hautain et vous jette à la rue pour faire une fleur à leurs copains.
Parce que le peuple se réveille et gronde,
parce que la volonté du peuple,
c'est de vivre tout simplement,
pas de ramasser la poussière sous les bottes des puissants.
Contre l'étalage du mensonge et de l'aliénation
de la société de consommation,
opposons l'art de vivre sans encombrements!
Aux bulldozers fauchant les habitats de toiles,
opposons des barricades d'encombrants!
Aux cubes de béton de la répression,
opposons les ronds de coton de la libération!
mardi 3 mars 2009
Pour sauver la planète, sortez du capitalisme
Après vous avoir parlé de son précédent livre ici, j'aimerais vous parler de ce livre qui me parait tout aussi important, voici ce qu'on peut y lire entre autres :
Nous avons accumulé une invraisemblable montagne d’avoirs. Cette génération doit relever le plus grand défi qu’ai eu à connaître l’histoire humaine : principalement empêcher que la crise écologique, qui est la rencontre de l'espèce avec les limites de la biosphère, s'aggrave et conduise l’humanité au chaos & sauver la liberté, contre la tentation de l’autorité. Ce n’est pas la fin de l’histoire c’est le début d’une nouvelle histoire.
Rien ne serait pire que de laisser l’oligarchie, face aux difficultés, recourir aux vieux remèdes, à une relance massive, à la reconstitution de l’ordre antérieur. Le moment est venu de sortir du capitalisme, en plaçant l’urgence écologique et la justice sociale au coeur du projet politique.
On peut résumer notre situation par les 7 axiomes suivant :
1.laisser la crise écologique s’approfondir conduirait à une dégradation continue et importante des conditions d’existence
2.Il y a urgence à infléchir et inverser les tendances actuelles compte tenu de l'hypothèse d'effets de seuils
3.rien ne justifie que n’importe quel humain n’ai pas accès individuellement aux même ressources biosphériques que les « américano-européens »
4.mais tous les humains ne peuvent accéder au niveau actuel d’utilisation des ressources de ces mêmes « américano-européens »,
5.l’équité signifie que la réduction de la consommation matérielle doit être proportionnellement bien plus forte pour les riches que pour les pauvres,
6.les coutumes des classes les plus riches définissent le modèle culturel suivi par l’ensemble de la société (théorie de Thorstein Veblen). La réduction des inégalités, donc la réduction des possibilités de consommation ostentatoire de l’oligarchie, transformera les modèles généraux de comportements.
7.Le défi politique majeur est d’opérer la transition vers une société plus juste et en équilibre avec son environnement sans que l’oligarchie détruise la démocratie pour maintenir ses privilèges.
Pour tout cela il faut sortir du modèle individualiste qui enferme & sépare, imposé par le capitalisme et réinventer des solidarités qui lient et libèrent : bien commun plutôt que profit, coopération plutôt que compétition & écologie plutôt que économie.
Le capitalisme cherche à détourner l’attention en faisant croire par la « croissance verte » que la technologie pour surmonter les obstacles alors qu’elle ne perpétue que le système de domination en vigueur.
L’adversaire paraît surpuissant, il est vermoulu ! Il n’a représenté que 2% de l’aventure humaine (deux siècles sur dix millénaires depuis la révolution néolithique).
Nous n’avons pas à inventer le nouveau monde, ce livre nous donne des exemples précis montrant qu’il est déjà là, en jachère, comme une terre qui attend de lever pour donner une moisson dorée.
Des solutions concrètes sont aussi données comme le RMA (Revenu Maximum Autorisé), un système d’économie de marché dont le domaine s’arrête à la lisière des biens communs essentiels qui ne sont pas gérés comme des marchandises et qui incorporent les services fournis par la nature & qui favorise le long terme. Il ne faut pas produire plus mais répartir le travail, ne pas banaliser le dimanche mais au contraire réapprendre une autre temporalité comme goûter la lenteur.
Cette politique devra suivre trois axes :
1.réduction des inégalités
2.prix qui intègrent l’impact écologique
3.rationnement choisi
Si nous ne réduisons pas de nous mêmes notre consommation matérielle, nous y seront amenés de facto, car si l’on ne parvient pas à imposer des logiques coopératives au sein des sociétés, l’évolution autoritaire du capitalisme le poussera à l’agressivité sur le plan international.
mardi 17 février 2009
Comment les riches détruisent la planète
J'ai déjà parlé dans CE billet de Hervé Kempf, voici un rapide compte rendu de lecture de son précédent livre qui est en livre de poche
Constats :
- La situation écologique de la planète empire à une allure que les efforts de millions de citoyens du monde conscients du drame mais trop peu nombreux ne parviennent pas à freiner
- le système social qui régit actuellement la société humaine, le capitalisme, s'arc-boute de manière aveugle contre les changements qu'il est indispensable d'opérer si l'on veut conserver à l'existence humaine sa dignité et s a promesse.
Pourquoi ne changeons nous pas de cap ?
Car pour beaucoup la situation n'est pas si grave, l'information étant noyée sous un flot qui la relativise, ou alors ils croient (ou nous font croire) que la technologie pourra résoudre les problèmes qu'elle a engendrés & enfin parce que lorsqu'il y a gain (du PIB en général ou des actions en particulier) on ne tient jamais compte du coût de la dégradation écologique !
Par ailleurs les riches ne perçoivent pas encore les changements en cours, et les pauvres n'ont pas voie au chapitre ! Les pauvres deviennent plus pauvres et les riches deviennent plus riches (le revenu des 500 personnes les plus riches du monde est supérieure à celui des 416 millions des plus pauvres, chaque hyper riche touche donc plus qu'un million de ses frères humains réunis !), créant une oligarchie prédatrice qui n'a aucun projet de société autre que de maintenir l'ordre établi à son avantage, et privilégie l'objectif de croissance matérielle, seul moyen selon elle de faire accepter par les classes subordonnées l'injustice des positions. Or la croissance matérielle accroît la dégradation environnementale. Et pour préserver cela elle entraîne une dérive semi-autoritaire , dont la lutte contre le terrorisme a été un fabuleux alibi, pour affaiblir les libertés publiques et l'esprit de démocratie pour faire taire la contestation de ses privilèges, la critique du libéralisme et l'inquiétude écologique.
Il importe pour éviter soit le chaos social, soit la dictature, de maintenir pour nous et les générations futures, non pas la "Terre", mais les possibilités de la vie humaine sur planète.
Aux écologistes de penser vraiment le social et les rapports de force. A "penser globalement, agir localement" il faut ajouter "Consommer moins, répartir mieux".
Kempf cite la "théorie de la classe de loisir"très intéressante de Thorstein Verblen : C'est la tendance à se comparer à autrui, et particulièrement aux personnes de la classe supérieure qui est le moteur de la vie économique, donc actuellement de plus de consommation créant un surcroît de production. Les caractéristiques actuelles de la classe dirigeante mondiale est le facteur essentiel de la crise écologique. Il n'est pas question de limiter la consommation matérielle des plus pauvres, il faut l'augmenter par souci de justice, mais diminuer celle de l'oligarchie, des plus riches pour que les classes occidentales en dessous suivent ce mouvement (20% des humains vivent en occident et consomment 80% de la richesse mondiale), il faut pour cela instituer un revenu maximum.
Il y a urgence d'ici moins de10 ans il faut avoir changé de cap : arriver à une société sobre, équitable : Liberté, écologie, fraternité :
- Lutter contre les idées reçues : la croyance en la croissance (de même croire dans le "développement durable" lui aussi fait pour maintenir les profits), la possibilité pour le progrès technologique de résoudre les problèmes écologiques, la fatalité du chômage.
- Favoriser le transfert des richesses de l'oligarchie vers les services publics par une fiscalité adaptée et pesant davantage sur la pollution et sur le capital que sur le travail, des politiques agricoles actives dans les pays du Sud, la recherche de l'efficacité énergétique ...
- Prendre parti pour les libertés publiques et le bien commun.
mercredi 4 février 2009
Petit traité d'histoire des religions par Frédéric Lenoir
Un très bon livre qui dresse un panorama facile à lire mais précis des religions, d'une manière historique, mais aussi en tenant compte de critères sociologiques et psychologiques. Ainsi se détache un processus humain de la religiosité qui est intéressant.
Ainsi à la lecture de son livre, on voit que Frédéric Lenoir, se basant sur ses recherches et celles d'autres historien va décomposer l'histoire des religions en 4 tournants "axiaux" qui vont créer des changements dans les pratiques religieuses humaines. Ces transformations tirent leurs origines dans un processus de rationalisation & de désenchantement du monde qui va progressivement "arracher" l'humain de la nature.
Au départ, (Paléolithique) l'humain est cueilleur, chasseur & nomade. Mais au Néolithique apparaissent les 1ères sédentarisation (+/- 12000 ans avant notre ère), l'invention de l'agriculture, de l'élevage. Les religions dominantes sont de transmission orale, c'est l'animisme aussi appelé chamanisme. L'humain ne se pose de question sur ce qu'est la nature, car il en fait partie intégrante, uni à chaque autre composante par des liens existentiels. Tout est esprit et l'homme fait des échanges "spirituels" pour vivre (comme de demander à l'esprit des animaux d'accepter de se faire tuer par lui pour le nourrir). La nature est la mère, les êtres vivants des frères.
Le second tournant est lors de l'apparition de l'écriture, de l'émergence des Cités Etats & des organes de pouvoir qui vont avec, vers les - 3000. Les religions deviennent polythéistes. Les regroupements d'humains en cité sont séparées de la nature, l'homme commence à domestiquer le monde végétal et animal, pour son propre compte. Chaque groupe a ses dieux dominants, mais dans ce polythéisme on retrouve partout l'adoration d'une déesse mère et du taureau, symbolisant la fertilité et l'abondance. L'humain est toujours englobé dans la nature, mais il se sent un rôle particulier qui est de permettre au monde de maintenir, de ne pas retourner au chaos, par l'accomplissement de rituels. Ceux ci devenant de plus en plus compliqués vont être petit à petit accomplis une prêtrise qui va se professionaliser et prendre ou participer au pouvoir.
Le troisième changement est au milieu du 1er millénaire avant notre ère quand se constituent les grands empires, ceux ci entraînent une vision plus universelle du monde et de ses habitants qui va voir se développer de nouvelles formes religieuses plus basées sur une éthique construite sur l'observation des lois physiques, l'humain devient observateur de la nature pour la comprendre et bâtir un système d'explication de type religieux. Ces balbutiements philosophiques & scientifiques le coupe encore plus de la nature, mais il ne cherche pas à la dominer ni l'exploiter mais à en trouver une finalité. Le monothéisme apparaît, l'homme peut rencontrer directement Dieu sans passer par la nature ou les systèmes compliqués d'offrandes confisquées par les prêtres.
Enfin la dernière évolution importante se trouve vers les années 1500 avec l'apparition de la modernité et la sortie de la nature qui aboutit à son instrumentalisation, son exploitation tout cela aux seules fins de satisfaire l'homme par des échanges commerciaux et un consumérisme de plus en plus important. Progressivement l'homme se coupe de ses racines religieuses et morales imposées pour se retrouver seul à bâtir une éthique qui ne suit pas les progrès scientifiques d'exploitation de la nature.
Pour Frédéric Lenoir on ne peut aller plus loin dans ce processus, puisque pour lui le religieux est l'expérience, la croyance en plusieurs niveaux de réalités, et ici non seulement la nature est vécue comme seulement matérielle, mais l'humain lui même perd de son intériorité.
Et pourtant il nous montre qu'on est dans une période de changements avec désir de vivre le religieux en passant par les émotions et le corps (que ce soit des mouvements charismatiques chrétiens, le soufisme dans l'islam, la méditation dans le bouddhisme) et par un désir de se relier à un cosmos vivant et enchanté dans un néochamanisme qui n'a plus besoin obligatoirement d'un milieu naturel pour s'épanouir. L'image de Dieu change, d'une vision anthropomorphique nous passons à un dieu énergie qui n'est plus au "ciel" mais au centre de l'homme...
Que la Force soit avec vous !
jeudi 29 janvier 2009
Hervé Kempf - "Pour sauver la planète, sortez du capitalisme"
à lire sur EssenCiel & Terre
Dans son nouvel essai, Hervé Kempf, journaliste au Monde, montre qu’en dépit des menaces l’avenir reste ouvert et l’optimisme justifié. « Est-il possible d’aller vers la sobriété sans passer par des secousses violentes ? Pouvons-nous éviter que les gouvernements capitalistes imposent une réponse autoritaire en tentant une ’relance’ aussi dommageable écologiquement qu’inutile ? Je ne sais pas. Face aux sombres perspectives, l’heure des hommes et des femmes de cœur, capables de faire luire les lumières de l’avenir, a sonné. »
Source : cdurable.info
Pour
la sortie de son nouveau livre au titre très explicite, Hervé Kempf ne
mâche pas ses mots. Certains vont crier à l'hystérie anticapitaliste
évidemment, mais c'est oublier combien le système dans lequel nous
évoluons, ou plutôt "nous nous enfermons", a de très fortes pulsions
de mort en marche depuis longtemps. La crise écologique se résoudra dès
lors que nous changerons en conscience notre rapport (plus respectueux)
à l'autre, à l'univers, notre regard sur la société, nos comportements,
et prendrons le risque de changer radicalement nos habitudes de vie.
A l'avenir nous retrouvrons ainsi le goût de la solidarité et de l’action en commun, pour une économie fondée sur le respect de l'environnement, de la justice sociale et non de l'hyper profit à court terme d'une poignée d'individus. Encore faut-il abandonner notre ancienne peau pour entrer dans ce nouveau paradigme.
Et ce n'est pas qu'une vue de l'esprit !
Vaste programme nécessaire, à l'heure où médiatiquement, tout le monde se tourne vers un seul homme fait presque messie et que je nommerai pas.
Quand comprendrons-nous que c'est d'abord à l'intérieur de nous qu'il faut trouver des réponses et changer au lieu de se tourner sans cesse vers l'extérieur ?
Voici ainsi un extrait de l'émission de radio de France Culture Terre à terre du 10 janvier dernier où Hervé Kempf parle du vaste programme que recoupe son livre.
Prenez donc 20 minutes, vous les méritez. Voire plus, si vous voulez aussi voir la vidéo.
Merci d'être là parmi nous.























