cravateS

Je vais continuer à faire mon « pignou » (comme diraient mes filles) dans le prolongement des deux précédents billets où je disais que nous n’avions qu’à faire face, quoi que nous soyons. Je sais que dans notre société de la « réussite » il nous faut sans cesse progresser, changer, nous améliorer. Et le « new âge » est parfois un détournement de pratiques traditionnelles pour nous permettre de répondre à ces demandes sociétales fortes. Ainsi différentes techniques nous permettront de mieux « démonter » notre être pour le rebâtir plus beau, en meilleure santé, avec une sexualité plus performante, un pouvoir d’agir plus considérable etc...

 

Alors ces billets semblent, avec une humeur maussade, aller contre ces principes du « plus et mieux ». Mais il me semble que c’est confondre « ordre » & « classement », ce qui est tout à fait typique de notre époque politique actuelle.

 

Pour reprendre une métaphore de Saint Exupéry le rangement, c’est de prendre des pierres et de les aligner par taille, origine, matériaux etc... L’ordre serait de les assembler d’une manière qui pourrait sembler aléatoire mais qui finirait par révéler un Temple. Prenons un champ de métaphore très prisé par les médias ces jours-ci : une gare. Si vous vous élevez, vous voyez les gens courir en tout sens, cela ressemble à un mouvement brownien et pourtant chaque individu sait très bien ce qu’il fait là & où il va.

 

Si nous pensons que certaines de nos parties ne sont pas valables et devraient être changées, modifiées en mieux, nous passons à côté de la vie dans le moment présent pour nous projeter dans un futur qui n’existe pas. Pour reprendre une nouvelle fois une citation de Saint Exupéry :

 

« Tu es fait de matériaux disparates, mais il faut t'inventer pour te découvrir. De même que celui-là, qui a détruit sa maison avec la prétention de la connaître, ne possède plus qu'un tas de pierres, de briques et de tuiles, ne retrouve ni l'ombre ni le silence ni l'intimité qu'elles servaient, et ne sait quel service attendre de ce tas de briques, de pierres et de tuiles, car il leur manque l'invention qui les domine, l'âme et le cœur de l'architecte. Car il manque à la pierre l'âme et le cœur de l'homme. »

 

C’est pourquoi je dis qu’il ne s’agit pas d’attendre à être « mieux », mais qu’il s’agit « d’être » tout simplement. Comme le dit Nisargadatta Maharaj : « Si vous avez besoin de temps pour réussir, votre but ne peut être que faux. Le Réel est toujours avec vous. Il n’est pas nécessaire d’attendre pour être ce que vous êtes. » 

 

Mais si la méditation pour moi, est porteuse de paradoxe, puisqu'il faut « ne rien faire » ! C’est justement le paradoxe qui nous offre la possibilité d'éveil.
C’est aussi pourquoi de grands maîtres (je pense à Ikkyu et bien d’autres) pouvaient paraître comme « fous » dans leurs comportements.

Dans l’école de Paolo Alto on voit le double lien (Watzlavick) qui peut rendre fou puisque toutes les solutions seront mauvaises (ex : ma mère m'a offert deux cravates, laquelle vais je mettre pour lui faire plaisir ? j'en mets une, elle me voit et me dit "et alors, l'autre elle ne te plaisait pas ?") mais pourtant ce même double lien va être utilisé en tant qu’outil thérapeutique afin de permettre aux membres du système de trouver UNE AUTRE VOIE puisque les deux proposées sont impossibles à réaliser.

Le paradoxe c'est la troisième voie.

Et pour finir sur le fait de ne pas chercher à changer, mais d’accepter ce qui est , qui peut être va justement permettre d’une manière paradoxale de changer, je citerai Carl Rogers : « Il existe un curieux paradoxe : quand je m’accepte tel que je suis, alors je peux changer. »

 



La troisième voie

Celle qui  me dit : je suis ni malade , ni guérie,je suis ici.
Pour juste ouvrir la porte ..
du nouveau en soi
Tel un magicien qui, suivant la joie,
fait surgir de ce qui s'en va
la force de ce qui naîtra.

quand je me pose simplement..là bas .

Là bas

Des choses de ce monde
je m'éloigne parfois
et l'on dit à la ronde
que l'oubli est en moi.

C'est qu'ailleurs je me pose
tout simplement là bas
où les mots ni les choses
n'ont plus d'effet sur moi.

Quelque part je m'entraîne
à naître de moi même
en cueillant çà et là
ce qui parle tout bas .

Je n'ai pas trouvé mieux
pour vivre ici bas
que de voiler mes yeux
en oubliant mes pas .

C'est un déchirement
qui capte la lumière
un cri parfois strident
qui m'apprend à me taire .

Lise