Lung Ta Zen

« Pour aimer il faut être libre, pour être libre il ne faut pas avoir peur » Zen, bouddhisme libertaire, méditation, tantrisme, action non-violente, thérapie, pyschologie, bien être

vendredi 16 février 2007

VANITAS VANITATUM, OMNI VANITAS

tables

La vacuité est quelque chose qui fait beaucoup parler comme on a pu le voir dans les commentaires. Voici remis en forme un de mes commentaires :

L'ignorance fondamentale est de croire que les choses et les êtres sont ce que nous croyons qu’ils sont.

Si je prends une table, il paraît évident que c’est une table. Et pour des raisons de compréhension et d’échanges sociaux, il est plus simple que tout le monde soit d’accord là dessus. Néanmoins, si nous nous asseyons et nous méditons sur cette table pour essayer de trouver ce qu’est réellement cette table y arriverons nous ?

La table est faite de bois, de colle, de clous, de peinture. Mais est elle un de ces éléments ? Pourtant si nous ôtons un de ces éléments comme tous ceux qui permettent son assemblage, elle ne devient un « tas de bois », est elle encore une table ? Peut on dire aussi que ce tas de bois n’est pas une table ? Pourtant sans ce tas de bois il n’y a pas de table ?
Le menuisier qui a fait la table, est il la table ? Pourtant sans lui pas de table. L’arbre qui a poussé dans la forêt est il la table ?
Une table qu’on ne peint pas, est elle une table ? La peinture serait alors la table ?
Si je coupe tous les pieds de 10 cm est ce encore une table ? Si j’ôte un des pieds est toujours une table ?
Si je me sers de la table à l’envers comme d’un radeau, est ce une table ou un radeau ?
Si je vais voir au niveau moléculaire, atomique, électronique. Il y a alors plus d’espace que de matière ! La table semble être faite de vide. Mais où est alors la table ? Dans ses molécules, l’atome, les atomes, ses électrons ? Pourtant tous les jours, elle perd une partie de ses électrons, jusqu’à quand continuera-t-elle d’être une table ?

On peut en déduire que les objets n’ont pas d’existence « ferme », intrinsèque, en eux-mêmes. Mais cela ne veut pas dire qu’ils n’existent pas non plus.
Il suffit le matin, de se lever, mal réveillé, de se cogner le petit doigt de pied contre la table pour se rendre compte qu’ils existent réellement !!!!

La question peut se poser à l’identique sur les humains, et principalement sur nous. De la même manière nous pouvons décider de nous poser pour méditer pour essayer de nous trouver.

Où sommes nous ? Qui sommes nous ? Nous aurons tendance à dire « notre prénom et notre nom ». Pourtant quand on prend refuge dans le bouddhisme on reçoit un nouveau nom (le miens est Tenzin Kunchok), qui suis je Frédéric ou Tenzin Kunchok ? L’un exclu-t-il l’autre  ou le contient il ? Qui est Lung Ta ?
Si je perds l’usage d’un sens (comme la voix) ou d’un membre, suis je encore moi même ? Etais je cette voix ? Suis je toujours dans le sans voix ?
Mais quand j’étais jeune, petit garçon, étais je déjà moi ? Quand je serais vieux, serais je encore moi ? Mais ce moi de maintenant est il le même que lorsque je me suis interrogé de la même manière il y a 20 ans ?

Avant que je naisse, quand mes parents se sont rencontrés et se sont aimés, étais déjà là ? Un célèbre koan zen pose la question  "quel visage avais tu avant de naître ?"

Je suis fait de toute mon histoire, celle de mes familles d’origine, celle de mon devenir potentiel. Je suis aussi fait de toutes les rencontres que je fais, mais aussi de tous les êtres vivants en même temps que moi. Je peux être touché par la mort d’un être que je découvre à la TV et que pourtant  je ne connais pas.
Je mange ce matin cette orange, par ses éléments elle participe à me constituer. Cueillie dans des terres lointaines, cette personne qui a fait pousser cette orange, cette autre qui l’a cueillie, ces autres qui l’ont transportée, vendue, tous participent à me constituer.

Crois que j’existe en tant que « moi » ferme, définitif, personnel, permanent, détaché du reste du monde, est l’ignorance fondamentale.

Trouver la réponse à ces questions est trouver la vacuité. Le vivre consciemment est atteindre un état de sagesse suprême.

Intellectualisme tout cela ?

Pourtant il me semble que cela change tout.

Si je ne suis pas capable de déterminer ce qu’est chaque objet d’une manière objective,  permanente et fixe, pourquoi n’accepterais je pas d’entendre toute autre définition donnée par une autre personne ? Il me semble que lorsque l’on vit cela, on ne peut que devenir plus tolérant, non jugeant et non-violent. Devenir sage.

Si je suis capable de vivre consciemment cette vacuité me concernant, je ne peux plus être indifférent au sort d’aucun être vivant, car je sais que nous sommes tous reliés. Je ne peux qu’être rempli de compassion et d’amour.

Dans une telle vue, la vacuité n’est ni nihilisme ni croyance aveugle, elle devient ouverture et respect.

Pour illustrer ce non nihilisme, voici un peu d’humour avec Raymond Devos :

« J'ai lu quelque part:
« Dieu existe, je l'ai rencontré! »

Ça alors! Ça m'étonne!

Que Dieu existe, la question ne se pose pas !
Mais que quelqu'un l'ait rencontré
avant moi, voilà qui me surprend!

Parce que j'ai eu le privilège
de rencontrer Dieu juste à un moment
où je doutais de lui!

Dans un petit village de Lozère
abandonné des hommes,
il n'y avait plus personne.
Et en passant devant la vieille église,
poussé par je ne sais quel instinct,
je suis entré...

Et, là, j'ai été ébloui... par une lumière
intense.., insoutenable.
C'était Dieu... Dieu en personne,
Dieu qui priait!
Je me suis dit:
« Qui prie-t-il ?
Il ne se prie pas lui-même?
Pas lui?
Pas Dieu! »
Non! Il priait l'homme!
Il me priait, moi!
Il doutait de moi
Comme j'avais douté de lui!

Il disait:
- 0 homme!
si tu existes,
un signe de toi !
J'ai dit:
- Mon Dieu, je suis là!
Il a dit:
- Miracle!
Une humaine apparition!
Je lui ai dit:
- Mais, mon Dieu,.
comment pouvez-vous douter
de l'existence de l'homme,
puisque c'est vous qui
l'avez créé?
Il m'a dit:
- Oui... mais il y a si
longtemps que je n'en ai
pas vu un dans mon église...
que je me demandais si ce n'était
pas une vue de l'esprit!

Je lui ai dit:
- Vous voilà rassuré,
mon Dieu!
Il m'a dit:
-Oui!
Je vais pouvoir leur
dire là-haut:
« L'homme existe,
je j'ai rencontré!
»

Posté par Lung Ta à 07:47 - Dharma - Commentaires [8] - Permalien [#]

Commentaires

Poupée russe

Excellent Devos...
Ce texte m'évoque une poupée russe, allez savoir pourquoi. C'est l'image que j'ai d'un individu, moi, tout le monde, et plus on vieillit plus on a de poupées à l'intérieur de soi. Entre chaque poupée, il y a un interstice. Une couche de plein, une couche de vide...Il y a toujours deux façons de voir les choses. Je trouve que les ambigrammes, ces dessins qu'on peut voir de deux façons différentes, donnent une bonne idée de ce que je comprends de ce texte, ce qui est peut-etre complètement hors sujet. Le plus célèbre est ce dessin qui représente un vase ou deux profils face à face, selon la façon de le regarder.
Je viens de relire mon commentaire, c'est pas clair...

Posté par G de B, vendredi 16 février 2007 à 22:16

L'effondrement de la croyance!

Donc, plus rien n'est réel tel qu'il nous a été enseigné.
Rien n'a de sens réel en dehors du tout .... "resitance is futile" (réf. à StarTrek)
Hfff! (soupir)
Ce que je comprend tout à coup c'est que tout ça est hyper simple à comprendre une fois qu'on a finalement compris.

Posté par jia, samedi 17 février 2007 à 00:30

un autre regard

Merci Lung Ta ..j'ai eu de la joie à lire ces mots qui résonnent en moi sous cette forme :
quand " je " s'efface..l'autre devient mon semblable dans sa différence ..en un mouvement de vie .

Posté par lilou, samedi 17 février 2007 à 10:39

Simple Jia

Cet "effondrement" n'a rien de négatif, toute l'école du "constructivisme" (Von Foerster ou Watzlawick ...) en thérapie par exemple en tiré des enseignements très positifs : tolérance, responsabilité & liberté , relire ce billet sur mon précédent blog :
http://lungta.free.fr/blog/index.php?2005/09/04/10-l-invention-de-la-realite
Enfin c'est en effet simple à comprendre, le tout est de le VIVRE et là cela ne passe plus par la tête mais par le corps et les émotions.
D'où la nécessité de travaille la médittion, l'instant présent, mas j'aurais surement l'occasion d'y revenir ;-)

Bon sinon toi et Nad je vais vous prendre pour faire les scénarios pour Zem, vous êtes trop pleines d'humour ;-)

Posté par Lung Ta, samedi 17 février 2007 à 10:43

Claire GdB

C'est très clair Gdb, mais je ne sais pas pourquoi je n'arrive pas à enregistrer ce commentaire, alors que j'ai pu enregistrer celui à Jia
quel mystère là dessous ?
j'avais donné pas mal d'exemple sur le web d'ambigrammes et illustions, tant pis je vais les enlever, tapez cela dans google pourles trouver. :-(

L'ambigramme est peut être plus centré sur les mots que sur l'exemple que tu donnes, mais cela est du même "tonneau"

je n'ai pas pris le temps de retrouver le vase dont tu parle et qui en effet est très connu.

tout cla parle en effet que ce que nous voyons n'est pas la réalité, et que chaque regard peut voir une réalité différente

Posté par Lung Ta, samedi 17 février 2007 à 10:47

ne t'efface pas Lilou ;-)

Quand le je de Lilou s'efface, Lilou s'illumine :-)

Posté par Lung Ta, samedi 17 février 2007 à 10:50

jeux de je

Moi j'aim'bien les "jeux de mollets pour jambettes":-))) (tiens en voilà un autre d'ambi , mais texte celui là)
Quand "Lilou" cesse ses je/jeux, alors Lilou, "le 5ème élément... l'amour" peut illuminer .

Posté par BN, samedi 17 février 2007 à 11:23

BN est à croquer

dit par un spécialiste... des Biscuiteries Nantaises ! ;-)

Posté par Lung Ta, dimanche 18 février 2007 à 11:15

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